Le navet est une plante bisannuelle, à racine pivotante, renflée et comestible, appartenant à la famille des crucifères ; sa chair est blanche ou jaune et sa saveur sucrée et douce. Il peut être aussi bien fourrager que potager. Est-ce cette ambivalence d’être à la fois une nourriture pour l’homme et un aliment pour les animaux ? Ou bien est-ce le fait d’être une racine se développant dans le noir, sous la terre, proche des forces Chtoniennes qui lui ont donné longtemps une valeur négative ? Ne dit-on pas
Blanc comme un navet ou encore
Avoir du sang de navet qui signifie manquer de courage, de vigueur ? On a longtemps aussi qualifié un cimetière de
champ de navets. Le sens s’est ensuite déplacé dans le domaine des spectacles, au cinéma et au théâtre :
C’est un navet signifiant une œuvre ratée.
Et pourtant déjà dans l’Almanach des Gourmands, Grimod de la Reynière estime que le navet avec l’oignon, unis ou séparés font des entourages distingués. Aujourd’hui, Alain Passard, cuisinier spécialiste des légumes, déclare vouloir en faire un « grand cru », compte tenu de ses potentialités, totalement insoupçonnées par le plus grand nombre. Longtemps il a été associé à la rave, légume grossier, destiné à nourrir les animaux. Il faut donc le réhabiliter, le transfigurer en quelque sorte.
Mais, indépendamment de la métaphore du navet, d’innombrables films mettent en scène des cuisiniers ou des cuisinières en train de travailler et des mangeurs autour de repas modestes ou de festins. La table est une scène privilégiée. De leur côté acteurs et producteurs sont connus pour leur goût pour la bonne chair, pour leurs investissements dans des restaurants et l’on sait que Claude Chabrol choisissait ses lieux de tournage en fonction de la proximité d’un bon restaurant.
Navet ou pas il y a un lien fort entre la gastronomie et le cinéma. Ne parle-t-on pas aussi de
western spaghetti ?
Il est certain que l’écriture réussit mieux à restituer les goûts et les odeurs. Mais si le cinéma mobilise la vue et l’oreille il est pourtant incapable de transmettre le goût. Comment alors, malgré ce handicap, arrive-t-il à communiquer le plaisir gastronomique ?
Ce n’est pas facile, et un certain nombre d’ingrédients de base sont nécessaires : d’abord, introduire des figures gourmandes et gloutonnes (Obélix dans
Astérix et Obélix, Mission Cléopâtre 2002, l’inspecteur Bérurier dans
Sale temps pour les mouches 1966), ensuite, ajouter un ou deux emplois de bons vivants et de gastronomes (Fernandel, Philippe Noiret, Gérard Depardieu, Stéphane Autran et plus récemment Catherine Frot incarnant la cuisinière de Mitterand à l’Elysée). On peut aussi incorporer quelques scènes de plaisir gastronomique (
Les mille et une recettes du cuisinier amoureux,
Sucré/salé,
La Grande bouffe ou
Le Festin de Babette), et mettre en scène des présentations de plats ou de menus pour provoquer l’envie du spectateur, on peut également saupoudrer avec de fines évocations de recettes destinées à mettre l’eau à la bouche etc.
Ce que l’on voit à travers les scènes de gastronomie au cinéma c’est bien sûr, une défense du goût mais aussi et surtout une permanence qui traverse les âges et les sociétés : celle du plaisir que tout repas pris ensemble évoque. Le repas est certainement en France, le plus fort marqueur de la convivialité ou plus exactement de la commensalité (manger ensemble).
Vincent Chenille,
Le plaisir gastronomique au cinéma, JP Rocher éditeur, 2004
Poster un commentaire (0)